La carte de l’unité urbaine de Marseille, fondée sur les données de 2017, met en évidence une présence élevée des enfants immigrés ou enfants d’immigrés d’origine extra-européenne parmi les 0-18 ans. La moyenne de l’unité urbaine atteint alors 23,5 %, soit près d’un jeune sur quatre. Ce niveau place Marseille parmi les grandes agglomérations françaises où cette réalité démographique est la plus structurante. Il est sous-estimé pour la ville même de Marseille du fait de l’extension de l’agglomération vers l’extérieur. Mais, là encore, la moyenne masque des écarts territoriaux considérables, qu’il faut relire à la lumière d’un facteur clé : l’âge moyen de cette population correspond à des naissances autour de 2008.
Une géographie urbaine fortement polarisée
La carte révèle une concentration très nette dans la ville centre, en particulier dans les quartiers nord et certains secteurs du centre ancien. Plusieurs zones affichent des niveaux compris entre 40 % et 60 %, voire davantage localement sur Marseille même. Ces quartiers, marqués par une forte densité de logements sociaux et une population plus jeune, accueillent depuis plusieurs décennies l’essentiel de la dynamique migratoire extra-européenne. Pour les enfants nés autour de 2008, cela signifie avoir grandi dans des espaces de grande diversité culturelle, mais aussi souvent dans des contextes socio-économiques fragiles.
À l’opposé, une large partie de la périphérie est — Aubagne, Auriol, Trets, Fuveau, ou encore certaines communes autour de l’étang de Berre — se situe majoritairement en dessous de 10 %, parfois même entre 0 et 10 %. Ces territoires, plus résidentiels et plus âgés, accueillent une population jeune moins nombreuse et socialement plus homogène. Entre ces deux pôles, on trouve des communes intermédiaires (Vitrolles, Marignane, Les Pennes-Mirabeau) où les taux oscillent entre 10 % et 30 %, traduisant des profils sociaux mixtes.
Marseille apparaît ainsi comme une métropole très fortement segmentée, avec un gradient centre-périphérie plus brutal que dans la plupart des autres villes du Sud.
L’effet générationnel : des jeunes nés vers 2008
Les enfants recensés en 2017 avaient en moyenne 9 ans, ce qui correspond à des naissances autour de 2008. Cette précision est essentielle pour comprendre la dynamique en cours. À cette date, la part nationale des naissances d’origine extra-européenne s’élevait à 24,8 %. En 2023, elle atteint 30,3 %, soit une hausse de plus de 5 points en quinze ans.
Les jeunes observés sur la carte marseillaise appartiennent donc à une génération déjà très diverse, mais qui n’était pas encore la plus concernée par cette dynamique. Les cohortes nées après 2010, aujourd’hui au collège ou à l’entrée du lycée, sont issues de générations encore plus marquées par cette évolution démographique.
Une augmentation très probable depuis 2017
Si Marseille a suivi — voire amplifié — la tendance nationale, alors la part des jeunes d’origine extra-européenne a nettement progressé depuis 2017. Dans les quartiers déjà situés au-delà de 40 %, la proportion a très probablement augmenté avec le renouvellement générationnel. Même dans les communes périphériques jusqu’alors peu concernées, l’arrivée de jeunes ménages et l’évolution des naissances contribuent à une progression graduelle. De surcroît, il faut tenir compte du fait que ces chiffres ne comprennent pas les petits-enfants d’immigrés, certainement nombreux, eux-aussi.
Conclusion
La jeunesse marseillaise d’origine extra-européenne n’est pas un phénomène marginal : elle constitue l’un des piliers démographiques de la métropole. La génération née autour de 2008 en offre une photographie déjà avancée, mais incomplète. Les tendances nationales indiquent clairement que les générations suivantes sont encore plus concernées. À Marseille, plus qu’ailleurs, l’avenir démographique est déjà inscrit dans la structure actuelle de sa jeunesse.
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