février 2, 2026

Mercosur : après l’industrie, l’agriculture française sur la même pente

Il y a dans le débat autour de l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur un étrange parfum de déjà-vu. Les mots ont changé, les secteurs aussi, mais la mécanique est rigoureusement identique à celle qui a accompagné la destruction progressive de l’industrie française depuis les années 1990. À l’époque, on parlait de compétitivité, d’ouverture, de modernisation. Aujourd’hui, on invoque le libre-échange, le pouvoir d’achat, l’influence géopolitique. Le résultat, lui, risque d’être le même : une filière stratégique sacrifiée au nom d’une promesse abstraite.

L’accord Mercosur ouvre largement le marché européen à des produits agricoles en provenance du Brésil, de l’Argentine, de l’Uruguay et du Paraguay. Viande bovine, volaille, sucre, éthanol : autant de productions où les normes sociales, sanitaires et environnementales n’ont rien de comparable avec celles imposées aux agriculteurs français. La concurrence n’est pas seulement rude, elle est structurellement biaisée.

Ce n’est pas un accident, c’est un choix. Exactement comme pour l’industrie. On avait alors expliqué aux ouvriers français que la mondialisation créerait des emplois ailleurs, que la montée en gamme compenserait les pertes, que les services prendraient le relais. On connaît la suite : désindustrialisation massive, dépendance stratégique, territoires sinistrés, promesses non tenues.

Aujourd’hui, le même raisonnement est appliqué à l’agriculture. On explique aux agriculteurs qu’ils doivent “s’adapter”, “se diversifier”, “monter en valeur ajoutée”, pendant qu’on ouvre les frontières à des produits moins chers car produits dans des conditions interdites en France. Comme hier pour l’acier ou le textile, la variable d’ajustement devient le producteur national.

Le danger est d’autant plus grand que l’agriculture n’est pas un secteur comme les autres. Elle touche à la souveraineté alimentaire, à l’aménagement du territoire, à l’équilibre social des zones rurales. Détruire l’agriculture française, ce n’est pas seulement fermer des exploitations, c’est fragiliser un modèle de société entier. Or le processus est déjà engagé : marges écrasées, endettement, découragement, départs non remplacés.

Le parallèle avec l’industrie est frappant. Dans les deux cas, on commence par ouvrir les marchés. Puis on observe les premières faillites, que l’on juge “inévitables”. Ensuite, on subventionne pour compenser. Enfin, on découvre que le tissu productif a disparu, et qu’il est trop tard pour le reconstruire. Ce cycle est désormais bien documenté. Le reproduire relève moins de l’erreur que de l’entêtement.

Les récentes mobilisations agricoles ne sont pas un simple mouvement corporatiste. Elles traduisent une angoisse profonde : celle d’être la prochaine victime d’un modèle économique qui sacrifie le long terme à des gains immédiats, souvent théoriques. Les agriculteurs voient très bien ce qui est arrivé à l’industrie. Ils savent que, une fois le processus enclenché, il n’y a pas de retour facile en arrière.

Le Mercosur est présenté comme un accord commercial. Il est en réalité un choix politique majeur. Soit la France accepte de reproduire, pour son agriculture, le scénario qui a détruit son industrie. Soit elle décide enfin que certaines filières ne sont pas négociables.

Car après l’industrie et l’agriculture, il ne restera bientôt plus grand-chose à “adapter”. Et il sera alors trop tard pour feindre la surprise.

Lien : https://france-vigilante.fr

https://www.youtube.com/@ChristopheBugeau

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