L’hypothèse pouvait sembler relever de la fiction géopolitique, mais elle révèle une dérive inquiétante des relations internationales contemporaines. Que se passera-t-il après l’enlèvement d’un président en exercice, en l’occurrence Nicolás Maduro, par les Etats-Unis ? Au-delà du cas vénézuélien, la question centrale demeure : un État a-t-il le droit d’enlever le chef d’un autre État souverain ? En droit international, la réponse est sans appel : non.
Depuis la Charte des Nations unies de 1945, le principe de non-ingérence constitue l’un des piliers de l’ordre mondial. Enlever un président étranger — quelle que soit l’opinion que l’on porte sur son régime — serait une violation manifeste de ce principe. Peu importe que le dirigeant soit jugé autoritaire, contesté ou hostile : le droit international n’est pas un menu à la carte. Le violer, c’est ouvrir une brèche dont personne ne maîtrise les conséquences.
Le problème n’est donc pas Maduro. Le véritable sujet est bien plus large : si une grande puissance s’arroge le droit de neutraliser physiquement un chef d’État étranger, alors plus aucun dirigeant n’est à l’abri. Aujourd’hui Caracas, demain qui ? Lula à Brasilia ? Xi Jinping à Pékin ? Narendra Modi à New Delhi ? Vladimir Poutine à Moscou ? La logique est implacable : un précédent crée une norme implicite.
Imaginons l’inversion des rôles. Que se passerait-il si le Brésil décidait d’enlever Javier Milei au nom de la stabilité régionale ? Ou si la Chine, jugeant la Corée du Sud trop alignée sur Washington, procédait à l’arrestation de son président lors d’un déplacement à l’étranger ? Le scandale serait immédiat, les sanctions massives, les menaces militaires explicites. Ce qui est impensable pour les uns devient curieusement envisageable pour les autres.
Mais les conséquences ne s’arrêteront pas là. Une telle dérive accélérera inévitablement un mouvement déjà en cours : le durcissement stratégique des BRICS. Jusqu’ici, ce bloc s’est surtout structuré autour de coopérations économiques, monétaires et financières. Or, face à une menace perçue comme existentielle — l’enlèvement potentiel de dirigeants — la tentation d’une coordination militaire renforcée deviendra logique, presque inévitable.
Car si la souveraineté politique n’est plus garantie, alors seule la dissuasion collective peut offrir une protection. Dans ce contexte, les BRICS pourraient être amenés à dépasser leur prudence historique : exercices militaires conjoints accrus, mécanismes de défense mutuelle informels, partage de renseignements, voire embryon d’alliance sécuritaire. Non par idéologie, mais par nécessité.
Ce serait là une transformation majeure de l’ordre mondial. Loin de renforcer la stabilité, l’ingérence permanente produirait l’effet inverse : un monde fragmenté en blocs militarisés, méfiants, surarmés, où chaque déplacement de chef d’État deviendrait un acte à risque. L’Amérique latine, l’Asie et l’Afrique comprendraient le message : sans capacité de riposte, il n’y a plus de souveraineté réelle.
En définitive, la question n’est pas de savoir ce que l’on pense de Maduro. La question est de savoir quel monde nous voulons construire. Un monde régi par le droit, imparfait mais prévisible, ou un monde où la force décide de qui peut gouverner — et pour combien de temps. Car dans ce second monde, la seule question qui compte n’est plus « pourquoi lui ? », mais « à qui le tour ? »
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